À l'approche de la fête de Pessa'h, alors que nous nous préparons à célébrer la libération et le renouveau, une tradition spirituelle puissante lie le peuple juif à l'un de ses maîtres les plus mystiques : Rabbi Chimchon ben Pessah d'Ostropoli.

Qui était Rabbi Chimchon d'Ostropoli ?

Né vers 1600, petit-fils du célèbre frère du Maharal de Prague, Rabbi Chimchon d'Ostropoli a laissé une empreinte indélébile sur le monde de la Kabbale. Figure légendaire de son vivant, il était reconnu pour sa sainteté exceptionnelle. Il témoignait lui-même que des secrets profonds de la Torah lui étaient transmis par Rouah HaKodesh (inspiration divine), souvent par le biais de révélations oniriques de grands maîtres disparus.

Sa vie s'est achevée de manière tragique le 3 Av 5408 (1648), lorsqu'il fut assassiné en martyr, aux côtés de dix mille membres de sa communauté à Polnoé, lors des massacres perpétrés par les Cosaques.

Le Ramhal (Rabbi Moché Hayim Luzzatto) rapporte un dialogue édifiant où, face au Satan lui demandant de renoncer au Chabbath, à la circoncision ou à l'étude de la Torah en échange de la paix pour le peuple juif, Rabbi Chimchon opposa un refus catégorique : pas une seule lettre de la Torah ne devait être sacrifiée.

Le secret de l'unité divine

Dans ses enseignements, Rabbi Chimchon nous offre une clé de lecture fascinante sur la structure des noms de nos ancêtres. Pourquoi la Torah précise-t-elle que le nom d'Avram fut changé en Avraham ?

Rabbi Chimchon explique que ce changement n'est pas anodin :

  • Le nombre de lettres des noms de nos patriarches (Avraham, Yts'haq, Yaaqov) totalise 13, la valeur numérique du mot E'had (Un).

  • Le nombre de lettres de nos matriarches (Sarah, Rivka, Ra'hel, Léa) totalise également 13.

  • La somme des deux donne 26, la valeur numérique du Nom ineffable de D.

C'est par l'ajout de la lettre dans le nom d'Avraham que cette harmonie est atteinte, permettant à l'unité de D. de se diffuser pleinement dans le monde. Cette précision souligne l'importance vitale de chaque lettre de la Torah, et pourquoi la Guemara (Berakhot 13a) nous interdit formellement d'appeler Avraham par son ancien nom.

La Segoula de la veille de Pessa'h

Rabbi Chimchon d'Ostropoli a laissé à la postérité une Igeret (lettre) d'une portée spirituelle immense. Cette lecture est devenue une Segoula (protection) reconnue : la tradition rapporte que quiconque lit cette lettre la veille de Pessa'h est préservé de tout mal et de toute nuisance durant l'année entière.

"La lecture de cette Igeret est un rempart spirituel, un lien direct avec la protection que Rabbi Chimchon a toujours cherché à apporter à son peuple."

Comment procéder ?

La plupart des Mahzorim (livres de prières) dédiés à Pessa'h intègrent cette Igeret de Rabbi Chimchon d'Ostropoli. Il est conseillé de la lire avec ferveur le jour de la veille de Pessa'h, avant le Seder, pour s'inscrire dans cette chaîne de transmission et bénéficier de cette bénédiction de protection.

En lisant ce texte, nous ne faisons pas seulement appel à une protection divine ; nous célébrons la fidélité inébranlable de nos Sages à la Torah, même au péril de leur vie, garantissant ainsi la pérennité de notre peuple à travers les âges.